Parcours

Après une enfance itinérante en France – le métier de son père faisait déménager la famille tous les trois ou quatre ans – et avoir goûté, comme tous les enfants, à un peu de peinture et de modelage, Bertrand Menguy décide, en deuxième année de droit, d’écouter son intuition pour s’orienter vers les Beaux-Arts.

Pendant six ans, un job d’étudiant à la Compagnie des Wagons Lits le fait voyager de Paris à Rome, Florence, Venise, Copenhague… et passer des nuits blanches à couvrir au stylo bic des rames de papier journal et de cahiers de brouillon, emporté par l’impulsion, le fourmillement de la main. Bertrand Menguy puisera une bonne part des éléments de son univers dans ces productions premières, notamment en organisant dès 1986, sitôt sorti des Beaux-Arts, une exposition à Copenhague, où il commence à travailler à l’encre de Chine sur de grands papiers kraft.

À Paris, André Camboulas, mythique patron du bar « Le Fitzcarraldo », lui commande un bas-relief sur le thème du poème « Les Déments » de Xavier Grall. Bertrand Menguy part enquêter sur le lieu du poème entre Botmeur, Brasparts et Commana, en Finistère, pays pour lui trop peu connu de ses origines familiales. Plusieurs rencontres l’emmènent aux carrières d’ardoises de Commana et Saint-Cadou. Bertrand Menguy revient de son périple avec un projet de bas-relief sculpté dans l’ardoise de Saint-Cadou pour André Camboulas, la commande d’un chemin de croix et de mobilier pour l’église de Saint-Sauveur, d’un bas-relief en chêne de mayenne pour l’église de Commana. Après quelques mois en résidence au Musée de Pont Aven, dans un atelier de l’ancien hôtel Julia, Bertrand Menguy s’installe temporairement à Scrignac, en Bretagne.

Il expose pour une première fois à Morlaix au Tempo, le bar du port. Puis visite un poste de transformation électrique désaffecté, Le Transfo, le long du port de Morlaix, à la sortie de la ville. L’espace, la baie, l’essentielle présence de l’eau le convainquent d’y installer son atelier, et d’enfin se poser. Bertrand Menguy entre alors dans un premier long cycle de travail en plongeant dans toute la matière première accumulée pendant six ans sur le papier journal griffonné. En naissent des panneaux de bois, enduits, gravés et peints au bitume de Judée, souvent liés à un bestiaire imaginaire, qui intéressent la galerie Art Vocation Mobile à Paris. En 2001, arrivé au terme de ce cycle, Bertrand Menguy repart de la feuille blanche.

Tout en amorçant dans l’intimité de son atelier un nouveau cycle de travail, Bertrand Menguy se lance dans un projet touchant à l’exposition de l’art et au statut de l’artiste. Il initie le projet des Moyens du Bord en 1998 en accueillant avec sa compagne Virginie Perrone des artistes en résidence dont ils exposent les œuvres dans leur maison d’habitation, au Transfo, puis font migrer cet espace d’exposition dans un lieu désaffecté, la chapelle Saint-Mathieu, à Morlaix. Expositions, organisations de portes ouvertes dans les ateliers d’artistes, création d’un centre de ressources dédié à l’accompagnement des projets artistiques, fondation d’une artothèque, lancement d’une dynamique autour du Multiple d’artiste, un événement dédié à la petite édition qui a, en 2016, fêté ses 10 ans… : le projet associatif des Moyens du Bord s’inspire d’initiatives alternatives remarquées par Bertrand Menguy au Danemark. Les Moyens du Bord, désormais installés à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, emploient aujourd’hui trois personnes. Bertrand Menguy s’implique dans ce projet jusqu’en 2013, puis décide de se consacrer à nouveau à temps plein au travail d’atelier.

À partir de son atelier et d’un petit camion aménagé en atelier itinérant, il crée « L’Urgence de l’Art », un projet artistique davantage orienté vers la production, l’intervention et l’accueil d’artistes. S’étant ,au fil des ans, équipé d’une presse à litho, d’une presse à épreuve, d’une presse à taille-douce, aujourd’hui installées dans l’atelier, Bertrand Menguy souhaite ainsi compléter le projet des Moyens du Bord, au nom d’un contrat avec lui-même concernant Le Transfo, ce lieu dont il considère n’être que le dépositaire. Cette dimension de production partagée, il commence à l’activer, en silence, tout en préparant aujourd’hui un troisième cycle de travail, dédié à la « peinture, et/ou assimilé ».

Annie Toussaint, rédactrice

A propos du parcours de Bertrand Menguy

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